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22/11 2019

EN DIRECT AVEC Michel Tetu

EN DIRECT AVEC Michel Tetu

Ancien directeur technique Renault Sport, Liger F1, et Larousse, 1er conseiller technique de Mygale. Personnalité phare dans l’histoire de Mygale, Michel Tetu a accepté de répondre à notre interview décalée.

  • Départementale sinueuse ou autoroute ?

J’aime bien les routes départementales pour pouvoir bénéficier des paysages et d’un certain agrément de conduite, à condition que ces routes soient en bon état, car avec les pneus modernes « taille basse » cela devient vite inconfortable. Il faut aussi que je n’ai pas d’objectif précis pour l’heure d’arrivée à destination !

Dans la majorité des cas, j’utilise le réseau autoroutier qui, pour moi, est beaucoup plus sûr et rassurant en cas de difficulté.

  • Moteur à combustion, électrique ou à hydrogène ?

Pour l’instant, moteur à combustion interne, diesel, qui dans sa version actuelle et bien réglé ne pollue guère plus que les autres moteurs, compte tenu du fait qu’en outre il consomme moins à puissance égale.

L’avenir c’est probablement l’hydrogène avec la pile à combustible permettant d’alimenter les motorisations électriques de nos voitures, devenant non polluantes en fonctionnement, et sans avoir la hantise de se retrouver avec une batterie faible et longue à recharger dans la situation d’aujourd’hui.

Il faudra attendre des prix abordables pour ce type de motorisation, ainsi qu’un réseau de distribution permettant de se ravitailler facilement.

  • Votre personnalité préférée ?

Si l’on parle d’automobile, j’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour Gian Paolo Dallara.

Il a réalisé tout ce qu’un ingénieur aimerait faire. Dessiner et étudier des voitures, GT routières comme la Miura, et sportives, Stratos et autres Lancia compétitions, travailler pour Ferrari sur différents modèles GT et également compétition, construire ses propres voitures, faire construire une soufflerie et ainsi pouvoir étudier pour le compte de grand constructeurs comme Toyota des voitures mythiques, pour Le Mans notamment, étudier et fabriquer des Formules 1 portant son nom et enfin mettre sur pied des productions importantes de différentes catégories de voitures pour les courses Indy Car, Formule 3, Formule 2 et bien d’autres encore. Tout cela en investissant dans les technologies modernes de calcul et dans les fabrications composite il y a longtemps déjà .

  • Votre circuit préféré ?

Beaucoup de circuits ont leur singularité et il n’y en a pas un qui regroupe tout ce que l’on peut aimer.

J’en choisirais deux, Zeltweg en Autriche pour son tracé vallonné avec de grandes courbes rapides et sa situation dans un contexte naturel très accueillant et verdoyant.

A l’opposé, j’apprécie également le circuit Gilles Villeneuve, sur l’île Notre Dame à Montréal, très peu dénivelé, avec son tracé comportant des passages très délicats ne tolérant pas l’erreur du pilote !

  • Qu’aimez-vous dans le sport automobile ?

La lutte entre pilotes exploitant à la limite des voitures aujourd’hui très sophistiquées, pour lesquelles sécurité et fiabilité sont omniprésentes.

En F1 par exemple, même si les « passes d’armes » sont plus rares aujourd’hui qu’il y a 30 ou 40 ans, les séances de qualifications sont par contre un exercice extraordinaire de concentration et de maitrise du pilote pour exploiter la limite de l’engin !

Les autres disciplines sont plus proches de courses monotypes, à part les Rallyes, discipline pour moi dangereuse malgré les normes de sécurité imposées, pour lesquels les pilotes doivent s’adapter aux conditions aléatoires tout en étant proche des limites avec toutefois des voitures heureusement plus faciles à piloter physiquement qu’elles ne l’étaient il y a 40 ans !

  • Que détestez-vous dans le sport automobile ?

Je n’apprécie pas du tout la mise en place dans certaines catégories des BOP (Balance of Performance), qui sont là pour niveler les performances des différentes marques ou participants.

La technologie mise en avant par certains constructeurs n’est plus mise en valeur et devient presque inutile si bien qu’il y a un risque de manque d’identification et de compétition entre marques. Cela revient un peu à organiser des compétitions de véhicules monotypes.

En F1, j’ai du mal à prendre en considération les équipes pléthoriques de « stratèges » présentes sur les circuits et dans les usines pendant les week-ends de Grand Prix.

L’utilisation du DRS me choque également. Elle prive certainement les spectateurs de luttes entre pilotes, comme celles auxquelles nous avons pu assister il y a quelques années.

Je ne comprends pas non plus les pénalités infligées aux pilotes quand un élément mécanique doit être changé. Seule l’équipe devrait être pénalisée, peut-être par des points en moins et pas seulement par des amendes dont le montant est ridicule en regard de leurs budgets !

  • Quelle voiture auriez-vous aimé concevoir ?

La Lotus 23 de 1962 !

C’était ma dernière année d’études d’ingénieur et j’ai été impressionné par le concept et les performances.

Une voiture très petite, très légère, très basse avec la position du pilote comme dans une monoplace de l’époque, une pureté de ligne inégalée !

Le rêve, David contre Goliath !

Moteurs de moyenne cylindrée, maître couple très contenu, tenue de route et freinage exceptionnels. Ces voitures pilotées par des pilotes de renom comme Jim Clark ont tenu  la dragée haute à beaucoup  de voitures trois fois plus puissantes à l’époque :

Il est certain qu’aujourd’hui une telle voiture  donnerait beaucoup de soucis aux instances chargées d’établir les BOP !

Michel Tetu, Bertrand Godin
Michel Tetu, Bertrand Godin

Michel Tetu, et concernant Mygale ?

  • Comment qualifieriez-vous votre lien avec Mygale ?

Lorsque j’étais chez Renault Sport j’étais en relation avec un des ingénieurs de chez Michelin pour les essais de pneumatiques destinés à équiper nos voitures de compétitions. Nous avons lié une amitié à travers notre business, j’ai nommé Jacques Decoster.

Un jour il m’a demandé de conseiller son fils Bertrand qui avait décidé de créer une petite équipe  pour construire des Formules Ford à l’époque. Cela a été le début d’une longue histoire avec une équipe de passionnés et de personnes compétentes et motivées !

Estelle était déjà présente et super efficace pour épauler Bertrand, comme elle le fait toujours 30 ans après !

La détermination de ces deux « personnalités » et leur courage, même à travers des difficultés, m’ont incité à rester en relation avec eux, dans la limite de mes possibilités et cette relation est toujours présente et sympathique 30 ans après !

  • Quelle est votre Mygale coup de cœur ?

Sans aucun doute la Formule BMW.

Le fait d’avoir été choisi par BMW pour réaliser leur projet signifie une reconnaissance de la compétence, de la technicité et du sérieux de l’entreprise. Le fait également que de nombreux pilotes dont Nico Rosberg, Sébastien Vettel, Nico Hulkenberg, l’aient adoptée pour gravir les échelons de la compétition en fait une référence absolue !

Je citerais également la Formule 4 Mygale. Elle a toutes les qualités techniques et sportives. Elle permet de valoriser la compétition en monoplace et représente une très bonne opportunité à la base de la pyramide.

  • Une qualité ?

Ce sont des voitures de compétitions construites dans l’optique d’une utilisation par des équipes très diversifiées de la plus petite débutante à la plus sophistiquée et expérimentée et exigeante.

Les voitures sont d’une qualité de fabrication irréprochable, elles sont sécurisantes, résistantes, fiables et faciles de réglage et de maintenance.

La disponibilité de « l’assistance Mygale » que ce soit en conseils ou en pièces est effective.

  • … un défaut ?

Il y en a certainement un, mais je ne le connais pas !

  • Votre meilleur souvenir avec Mygale ?

Sans aucun doute la première participation de la première Mygale Formule Ford à Montlhéry, en 1989 !

Une équipe de bénévoles, pas forcément imprégnés de la compétition automobile, mais dévoués à 100% à Bertrand et Estelle, était présente sur le circuit pour cette première participation, avec au volant de cette Mygale Formule Ford un pilote de renom, Christophe Bouchut, vice-champion de Formule Ford 1988 derrière Eric Helary, que Bertrand avait su convaincre de venir crédibiliser le sérieux de la démarche de Mygale, bénéficiant donc de son expérience, de ses remarques et analyses pour ainsi faire un premier « bilan » sur la voiture !

Un week-end passionnant sur le plan humain avec cette équipe de jeunes enthousiastes, et très instructif pour la suite.

  • Mygale dans 10 ans ?

Je suis convaincu que Mygale va anticiper certaines évolutions aussi bien des nouvelles technologies que des différents marchés mondiaux.

On sait tous, par expérience du passé, que le « business » de la compétition en France est très difficile, malgré le renom d’épreuves mythiques comme les 24 Heures du Mans et de certains grands pilotes français.

Les années fastes ont été possibles grâce à des partenaires techniques et publicitaires comme Elf, Gitanes, Loto qui ont permis à des équipes comme Renault, Matra, Ligier et de nombreux pilotes français d’atteindre des résultats exceptionnels.

Martini est l’homme qui a le mieux réussi la commercialisation de monoplaces dans différentes catégories, grâce à l’homogénéité de ses productions, performances, simplicité, disponibilité et coût maitrisés.

Mygale est tout à fait cohérente avec ces démarches.

  • Votre rêve pour Mygale ?

Je pense que la structure existante est idéale pour amorcer l’avenir dans de bonnes conditions.

La diversification des études, réalisations et productions, le sérieux et l’ambition des dirigeants est sans aucun doute pour moi un gage de pérennité.

De nouveaux règlements techniques vont fleurir au fil des années à venir, offrant donc, je l’espère, à des équipes bien structurées de poursuivre leur activité en mettant à profit leur expérience et leurs possibilités.

Une entreprise comme Mygale représente de belles perspectives, d’autant plus que l’esprit, la passion et la relève familiale devraient être assurées !

Je vois très bien le « casque gaulois » maintenir sa fière allure au rond-point de la Technopole de Magny-Cours dans les années futures.

 

Cette interview de Michel Tetu a été réalisée à l’occasion de la parution du WOM 79 consacré aux 30 ans de Mygale, à retrouver ici : mygale.fr/media/wom